Moi, Abattoirs

Un serious game pédagogique et ludique qui a pour objectif de raconter sous une forme originale l’histoire des Abattoirs. Libérez les fragments de ses mémoires au cours d’une visite guidée numérique sur les traces du passé qui persistent dans les salles, halles et couloirs de ce site en mutation. Nécessite un téléphone ou une tablette, des écouteurs et une connexion à Internet.

Problématique de la mémoire, un jeu pour ne pas oublier.

Karl Marx a écrit : « Celui qui ne connaît pas l’Histoire est condamné à la revivre ». À cette idée, nous pouvons ajouter que celui qui ignore son passé et sa mémoire ne saurait se créer un avenir positif. La mémoire en tant qu’elle, implique la connaissance des erreurs et réussites passées, est le socle sur lequel se fonde toute nouvelle entreprise humaine. Dès lors, comment parvenir à refonder un lieu qui fut, tout à la fois, un lieu de mort et de vie, si ce passé demeure dans les limbes de la conscience populaire.
La mémoire des abattoirs est précisément ce lien qui manque entre les habitants de Nice Est et le Chantier 109. Mais comment transmettre cette mémoire ? Cette question est d’une importance capitale car elle conditionne la façon dont elle sera réceptionnée par le public. Comment amener une mémoire à prendre vie et non à rester une ombre poussiéreuse dans un recoin reculé de l’esprit, oubliée.
L’enjeu se trouvait donc dans la façon d’opérer une médiation, de transmettre cette mémoire en la gardant vivante. C’est ainsi que le jeu s’est trouvé être une solution potentielle à cette question par les caractéristiques même qui le portent.

Un jeu de piste pédagogique et ludique

En effet, le jeu permet l’apprentissage. Platon, déjà, parlait des bienfaits du jeu dans son ouvrage « Les lois ».
Le mot ludique vient du latin ludus, qui désignait l’école, activité peu sérieuse en comparaison du tripalium, le travail. Toutefois, l’école se trouvait être un lieu d’apprentissage, de transmission des savoirs et connaissances. Comment l’enfant apprend-il si ce n’est par le jeu, le faire semblant permettant de mettre le réel à distance pour en prendre le contrôle et expérimenter diverses solutions.
Le jeu en tant qu’outil de médiation se trouvait donc un outil intéressant, dans sa façon d’amener à la réalité. Ainsi que le déclarait Jean Caune dans « Pour une éthique de la médiation », « La médiation culturelle peut être un des moyens pour maintenir la réalité du monde dans une double tension : Celle de la relation des sujets à travers la relation interpersonnelle, d’une part; et puis celle d’une relation transcendante des membres d’une communauté à leur passé et à leur devenir, d’autre part. »
La médiation est ainsi le lien, le pont, qui permet au sujet d’être compris par celui qui l’observe ou le visite. Il ne s’agit pas de tracer des routes, mais de fournir des clefs de compréhension qui permettront par la suite, la libre appréhension des œuvres, lieux et passés. Ainsi, la question de la mémoire est intrinsèquement liée à la médiation.
Jouer se caractérise par deux grandes notions, le game, l’ensemble des règles qui régissent le jeu ; et le play, le faire semblant, l’univers virtuel que se crée le joueur et dans lequel s’intègre le jeu.
Le jeu c’est l’interaction, l’échange et la transmission par l’action proactive du sujet avec le game. Le jeu est vivant dès lors qu’il est joué. Il en va de même pour la mémoire qui, si elle n’est pas transmise et vécue par d’autre, se perd et meurt lentement. Transmettre la mémoire, permettre à d’autres d’en prendre connaissance c’est la maintenir vivante. Le jeu se prête donc merveilleusement bien à ce dessein par ses qualités de transmission de savoir, dans un premier temps, ainsi que par sa capacité à faire vivre les mondes virtuels qu’il met en scène par le faire semblant qu’il induit.
Et si nous avançons, avec Marshall McLuhan, que « le message c’est le médium », le jeu invite alors à réfléchir sur la vie, l’interaction avec la mémoire d’un lieu et son lien avec les milieux sociaux auxquels il appartient.

Réaliser un serious game sur l’histoire des abattoirs

Recherches dans les archives


De ces réflexions est née l’idée de concevoir un serious game, un jeu de piste en ligne dédié à la médiation patrimoniale et culturelle autour des abattoirs. Dans ce cadre, nous sommes allés dans les archives municipales et départementales pour trouver les documents et les sources qui allaient définir la ligne directrice, les bases de notre travail.
Ainsi les faits relatés dans le serious game sont tous issus de faits historiques relatés dans des documents d’époque, allant de 1866 à nos jours.
Une fois ce travail effectué, il a fallu réunir tout le savoir accumulé en un seul document qui devait compiler l’information de la façon la plus utile et la plus condensée. Ce document devint ainsi la base centrale qui servit à élaborer un scénario qui évolua au fil du temps en plusieurs versions.

Le tournage


Une fois le scénario définitif établi, il fallut concevoir les feuilles et outils indispensables à la bonne marche du tournage. Pendant cette phase il a été nécessaire de contacter et trouver les différents acteurs, voix off, et demandes d’autorisations.
Le tournage débuta à la réception des accords par l’administration du chantier 109. Malheureusement, les séquences prévues initialement dans les étages dédiés à la découpe ont été abandonnées avant le début du tournage à cause de l’amiante présente dans les murs.
Après des négociations infructueuses, il nous fallut trouver un autre moyen d’obtenir ces images. Finalement, en menant des recherches, nous sommes parvenus à nous procurer des photographies d’archives des lieux souhaités. Malheureusement leur qualité a demandé un travail de restauration et d’adaptation afin qu’elles soient présentables dans un format 720P HD qui serait la qualité définitive du projet.
Nous avons travaillé avec deux appareils, une caméra et un appareil photo. Certains plans ont nécessité que nous fassions preuve de ruse afin de les tourner de manière acceptable (comme l’utilisation d’un chariot à bagage). Un véritable stabilisateur et un drone nous ont cruellement manqué durant le tournage. L’utilisation des deux appareils a posé une difficulté supplémentaire dans la phase de post-production. La différence de qualité des deux dispositifs a demandé un travail de calibrage afin d’avoir une qualité identique entre chaque rush.
Le montage des neuf vidéos fut un long travail qui nécessita de mettre l’accent sur la dimension serious game, médiation culturelle et esthétique. Le principe étant d’éviter de tomber dans le documentaire tout en apportant une touche fiction, esthétique et instructive pour créer une œuvre audiovisuelle captivante.

Création du site Internet


La réalisation du site web « Moi, abattoirs - Chroniques des mémoires oubliées » est passé par plusieurs étapes et ne rencontra aucune difficulté majeure. Tout d’abord, une maquette fut réalisée sur le logiciel Adobe InDesign. Un thème Wordpress, entièrement responsive, fut conçu en se basant sur la maquette pré-établie.
Différents scripts et features furent implantés comme un système d’enregistrement d’utilisateurs, de connexion et de mot de passe oublié. La validation des énigmes, le déverrouillage et l’enregistrement de la progression ont été implanté très tôt. Une base de données associée à l’utilisateur connecté permet de gérer les énigmes résolues et non résolues, afin de gérer quelles énigmes sont verrouillées ou déverrouillées.
La carte fut réalisée au format SVG sur le logiciel Adobe Illustrator et implantée en même temps que son contenu interactif tels que l’affichage des photos et des descriptions de chacun des lieux.
Par la suite, les assets graphiques, tels que le personnage de Many le gardien, furent réalisés à l’aide du logiciel Adobe Illustrator.
Enfin, l’intégration des vidéos fut réalisée à la fin du développement, depuis YouTube.

Les tests utilisateurs et modifications


À l’occasion du Printemps des abattoirs, « Moi, abattoirs » fut soumis à un panel de visiteurs qui purent tester et découvrir le jeu. Leurs retours révélèrent des failles, notamment dans l’équilibrage de la difficulté et dans l’ergonomie.
À l’écoute de ces retours, et afin de permettre la meilleure expérience possible, il fut décidé d’apporter des corrections et un rééquilibrage à l’ensemble du jeu de sorte que tout le monde puisse bénéficier de la meilleure expérience possible.
Une simplification du jeu sera donc opérée. Des changements seront apportés à la carte. Un code couleur a été ajouté permettant de savoir où se trouve les énigmes. À chacun des points, dans les descriptions, ont été ajouté les énigmes associées à l’emplacement géographique et un lien vers celle-ci.
Dans la page de chaque énigme apparaît à présent une photographie du lieu à trouver dans les abattoirs et une indication sur le lieu où se situe l’énigme. Le but de cette simplification est de rendre le jeu le plus accessible possible afin qu’il puisse être présentable au moment de l’événement Eclairage Public qui aura lieu au Chantier 109 le 13 mai 2017 et qui prévoit d’accueillir plusieurs milliers de visiteurs.

Préconisations des étudiants

Les habitants des quartiers alentours ne connaissent que fort peu ce lieu. Ils n’en voient que les grilles et portes fermées. Ils savent pourtant qu’il s’y déroule des choses, mais ils en ignorent la teneur. Il s’agirait, dès lors, de renforcer la communication de proximité afin de rendre plus lisible et visible l’activité interne au Chantier 109. Plusieurs aménagements peuvent être envisagés dans ce but :
L’installation d’un panneau d’information extérieur pour permettre aux voisins de prendre connaissance de la programmation plus facilement.
La création d’une entité associative composée de personnels du Chantiers 109, de représentants des associations et artistes présents aux abattoirs et de citoyens des quartiers avoisinants, dont le rôle serait de permettre la pervasivité de l’information, une réappropriation du lieu par les citoyens et une plus grande proximité du lieu avec son quartier.
Aujourd’hui, le lieu est éteint, notamment par la méconnaissance des citoyens à l’égard de ce bâtiment. Cette méconnaissance entraîne de la méfiance, de la crainte ou, bien pire, de l’indifférence chez les habitants des quartiers alentours. Un des enjeux est donc de recréer du lien, de l’intimité entre ce bâtiment et ses voisins.
Ce que l’histoire des abattoirs nous enseigne, c’est que ce lieu fut autrefois un véritable moteur de la vie locale. Toutefois, il convient de se questionner sur le pourquoi. La présence des travailleurs dans les murs amena le quartier à s’adapter aux besoins de ceux ci. C’est donc par le commerce de la viande que le quartier pris vie. La consommation exerce ainsi une force d’attraction des plus importante.
La tenue d’un événement mensuel récurrent de consommation populaire, tel qu’un marché ou une grande braderie (dans les anciennes halles des ventes ou sur le parking), sur le modèle des Marchés aux Puces, permettrait d’attirer les citoyens dans les murs et de recréer une familiarité entre ce lieu et ceux qui l’entourent, ouvrant le champ des possibles sur un réinvestissement du bâtiment par les citoyens et la création, dans l’avenir, d’un véritable espace d’expression culturel et artistique populaire pouvant potentiellement devenir ce moteur économique tant espéré.